Ca y est, j' ai pu retrouver mon bouquin à la médiathèque !
Alors nos petits lutins de l' Est s' appellent des Sotrés .
Je ne résiste pas à l' envie de vous reproduire ci-aprés un extrait de ce bouquin qui nous explique bien que chaque région française avait en définitive ses propres petits lutins qui hantaient l' imaginaire de nos grands-parents !
Le mot lutin, si l'on s'en réfère au dictionnaire, viendrait du latin
neptunos devenu en francique netun, lequel aurait donné (sous l'influence du mot nuit) luitin, luiton, luton et enfin lutin (cf. le luton ou nuton du Jura, les nutons des Ardennes). Preuve que le mot, comme l'entité qu'il désigne, n'est pas né d'hier.
Quelle origine attribuer à l'un comme à l'autre? Autrement dit,
d'où vient ce petit monde grouillant et invisible qui peuple nos contes et nos légendes aux côtés des fées ou autres êtres fantastiques de toutes natures? De l'imagination de nos lointains ancêtres sans doute. Mais encore? D'une éventuelle légende, tirée de la mythologie scandinave qui raconte que ces nains furent paradoxalement façonnés par Odin à partir des restes informes du géant Ymir, et qu'ils vivaient il y a bien longtemps dans les entrailles de la Terre avant de rencontrer l'homme au détour d'une galerie de mine? Possible, car pour l'homme, tout ce qui est mystérieux ne peut, à l'instar d'autres Esprits, que demeurer dans les profondeurs de la Terre, surtout sî quelquefois certains d'entre
eux répandent comme une odeur de soufre... Ou bien encore, seraient-ils, dans notre inconscient collectif, le souvenir d'une race disparue, que ce soit celle d'un peuple comparable aux Pygmées d'Afrique ou celle de géants dont ils auraient conservé, à
défaut de leur grande taille, à la fois la force et les pouvoirs surnaturels ?
En définitive, doit-on reconnaître, nul ne le sait avec certitude. Et
c'est tant mieux pour notre imaginaire. Ce que l'on peut seulement
affirmer c'est qu'ils hantent toujours les rêves des hommes, sous une forme ou sous une autre, depuis les temps préhistoriques jusqu'à nos jours, en passant par ces dieux-lares révérés dans chaque foyer romain (les lare familiaris) dont ils étaient les protecteurs, et par ces démons minuscules dont le Moyen Age peupla son univers quotidien. On les trouve chez les Grecs où les Cobales s'intégraient au cortège de Bacchus, chez les Sarmates dont les Coboli envahissaient les moindres fentes des maisons, mais aussi chez les Egyptiens où, d'après Hérodote, devenus des Cabires métallurgiques, ils étaient représentés comme des
Pygmées. Ils étaient les Djinns des Arabes, les Elfs ou les Kobolds des peuples germaniques, les Trolls des Scandinaves, les Brownies d'Ecosse, les Cluricaunes ou Drows des Irlandais et les Scoamins chers aux Flamands, etc.
Enfin, en France, de région en région, ils ont
envahi nos campagnes, légion silencieuse et invisible. Ils étaient les Servants des Alpes, protecteurs des chalets, les Nutons cordonniers des Ardennes, les Cadets dévoués mais susceptibles de la région lyonnaise, les Petits Hommes de l'Armagnac qui, la nuit de la Saint-Sylvestre devaient étaler leurs trésors aux portes de leurs refuges, les Lutons qui dansaient au clair de lune dans les
Monts du Jura. Ils étaient encore, et la liste est loin d'être exhaustive les Dracs du Sud-Ouest (Aveyron, Gascogne, Auvergne, Lot) que le Diable lui-même a dû chasser des Enfers parce qu'ils y étaient trop insupportables, les Jetins voleurs d'enfants des bords de la Rance, les Farfadets vendéens qui importunaient sans cesse les fileuses, les célèbres Korrigans ou Poulpicans de Bretagne réputés dans la pratique de l'alchimie, les Gobelins normands peintres de talent mais farceurs impénitents, les Dras de la Manche qu'on occupait à compter les grains d'une assiette en place et lieu de leurs occupations facétieuses, les Fantastiques qui hantaient les écuries de Provence et, au Pays Basque, ces Laminaks bâtisseurs dont les trésors s'entassaient au plus profond de leurs cavernes.
Enfin, en Lorraine, ils étaient ces Sotrés à la nombreuse parenté, capables du meilleur comme du pire, dont nos grands-parents, il n'y a pas si longtemps encore, se plaisaient à évoquer la présence
mystérieuse et inquiétante dans les granges et les greniers, au haut des clochers, au fond des puits, dans les habitations comme dans les clairières des grandes forêts ou encore dans les entrailles de la Terre...
Roger Wadier .
Sotrés et autre lutins de Lorraine .